Au panier !


Première double page : un parc, avec tout ce qu’il doit y avoir dans un parc. Au milieu de la page de droite, il y a, assise sur un banc, une dame noire très souriante, qui tricote. Elle a un boubou sur la tête. On ne voit qu’elle, rayonnante, sur la belle page du livre. La belle page du livre, c’est celle qui est le mieux perçue par le lecteur, c’est-à-dire celle que l’on voit en premier, vous verrez que pour la suite, ça a son importance. Le noir de sa peau ressort à merveille car les couleurs de la page sont volontairement pâles.
On tourne : page suivante, la dame noire avec son boubou sur la tête bascule sur la page de gauche, elle ne sourit plus car sur la page de droite, arrive un panier à salade tout noir. Suspens….
On tourne encore : sur la page de droite, le regard se pose sur un tout petit militaire au nez immense, court sur patte. Vous m’suivez ?
Et juste après, c’est la confrontation : ils sont tous les deux réunis sur la page de droite..."Contrôle d’identité, papiers s’il vous plaît !"

Que va-t-il se passer ? Vous vous en doutez ?

Buté, borné, l’ultra médaillé embarque tout le monde. Tout emberlificoté dans sa bêtise, il ne réfléchit plus, alors un petit garçon en profite et joue de cette situation : les enfants s’engouffrent toujours dans la bêtise des adultes. A la fin, on ne voit plus rien, sauf... sauf peut-être, un militaire un peu moins en colère. Est-il content ? Ou alors se pose-t-il des questions ? On ne sait pas, c’est notre libre choix.

Cet album est paru une première fois en 2004. En prélude, il y a un extrait de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme sur le droit à circuler librement... sa réédition en 2016 remet un coup de projecteur sur les Droits de l’Homme, adressées aux enfants.

Le message, oui parlons de message pour une fois, passe de manière très fine : l’histoire dessinée fonctionne comme un travelling donc très simplement avec à certains moments des arrêts sur images (la dame noir au boubou, le tout petit militaire), destinés à mettre en avant certains aspects de l’histoire. Les personnages du décor ne sont pas oubliés et ont toute leur importance : le déroulement de l’histoire étant linéaire, nos yeux sont guidés par une allée longiligne du parc menant à son centre, rapidement, notre attention peut s’égarer un peu et s’attarder sur les « personnages secondaires » juste à côté des gros zooms… la mine de plus en plus déconfite de l’ange statue en dit long sur la bêtise du tout petit militaire.
La manière de s’adresser aux enfants pour leur faire comprendre l’absurdité de la situation est très fine : les enfants aiment jouer avec l’autorité, quand ils l’exercent, elle est souvent abusive et ils en ont pleinement conscience. Ce livre fonctionne donc comme un miroir de leurs jeux d’imitations exagérés.
En jouant avec la composition de l’image, une structure narrative s’en dégage car notre attention est attirée par tel ou tel aspect. Le texte fait ressortir le burlesque, l’absurdité, il donne du recul et fait réfléchir.

Petit plus de dernière minute : la couverture du livre me rappelle l’univers de Jacques Tati, un acteur, réalisateur et scénariste français, d’origine franco-russo-néerlando-italienne.

Lisa Bienvenu

la chronique sur Radio Royans



  • Auteur : Henri Meunier et Nathalie Choux
  • Illustrateur : Nathalie Choux
  • Éditeur : Le Rouergue
  • Parution : 2016
  • Prix : 11,70€

  • Âge : Petits / Moyens
  • Genre : Album
  • Thématique : dictature / Droits de l’homme / Liberté
  • Type de lien :